Rafael Nadal et Justine Henin-Hardenne sont restés les maîtres des lieux. Pour la quatrième fois de l'histoire, la première depuis 1992 (Courier et Seles), les champions en titre on conservé leur bien. Avec la manière : l'Espagnol a remporté la finale des finales face à Roger Federer, la Belge s'est imposée sans perdre le moindre set... Rafael Nadal n'en a pas encore eu assez. Après être tombé à la renverse, ivre de joie, il s'est relevé, la chemise maculée de poussière ocre, pour serrer la main de Roger Federer. Et puis il y est retourné. « Rafa » s'est vautré sur le court Philippe Chatrier et s'est roulé dans la terre battue. Un vrai bain de plaisir pour le Majorquin. Cette terre a fait de lui un roi, couronné à Paris pour la deuxième fois en deux participations. Un exploit inédit. Cette terre a fait de lui, à tout juste 20 ans, un champion invincible à ce jour, qui comptait après ce sacre 60 victoires d'affilée sur cette surface. Ce Roland-Garros 2006 aura été aussi celui de l'échec du « boss », Roger Federer, vaincu pour la première fois dans une finale du Grand Chelem. « Rodgeur » avait une occasion unique d'entrer dans le Panthéon des grands noms du sport. Une victoire lui aurait permis de réussir un Grand Chelem sur deux ans. Il aurait pu devenir le premier depuis Björn Borg à gagner à « Roland » et Wimbledon. Mais il a échoué sur la dernière marche. Un revers d'infortune Les amoureux du beau jeu attendaient tellement du Suisse qu'ils sont restés sur leur faim. Pourtant, Federer avait commencé fort en s'adjugeant la première manche 6/1, face à un Nadal nerveux. Mais le match a basculé dans le deuxième jeu du deuxième set. Menant 40-0, Federer est soudain tombé dans l'à-peu-près. En réussissant le break, « Rafa » s'est libéré et n'a plus jamais lâché sa proie. Son lift bondissant, au rebond accentué par la chaleur (32° C), a mis le revers du Suisse à la torture. Et le gaucher de Majorque, plus bondissant que jamais, a appuyé de plus en plus là où ça faisait mal. Les 15 000 spectateurs du court Philippe-Chatrier eurent quand même l'occasion de vibrer, quand Federer égalisa à 5-5 dans le quatrième set, grâce à la bande du filet puis un point ahurissant en défense. Mais dans le tie-break, une fois de plus, son revers le trahit. Une dernière volée de coup droit liftée fit chavirer de bonheur l'Espagnol, vainqueur 1/6, 6/1, 6/4, 7/6 en 3h02. Le Suisse accepta de bonne grâce la défaite. « Je ne suis pas effondré. C'était ma première finale. Je progresse à chaque fois. » Nadal, lui, était peut-être encore plus ému que lors de son premier succès. « Je reviens de loin. Je donne plus de valeur à cette deuxième victoire. » Le « Taurillon de Manacor » faisait bien sûr allusion à sa blessure au pied, qui l'avait notamment privé de l'Open d'Australie. On retiendra aussi qu'il aura été davantage chahuté au cours de la quinzaine 2006 que l'année précédente. On pense à son match du troisième tour contre Paul-Henri Mathieu. Le match de la quinzaine. A classer aux rayons des « classiques » de l'histoire du tournoi. Mathieu-Nadal, le chef-d'œuvre Ce fut le véritable coup d'envoi d'un tournoi jusque-là frigorifié par une météo hivernale. Il faisait à peine 10°C lors des premiers jours. Mais Mathieu allait à lui seul faire monter la température. Devant un public survolté et tout acquis à sa cause, « Paulo », auteur de 60 coups gagnants, fit vaciller Nadal. Le premier set, d'un très haut niveau, dura à lui seul 1h33. Formidable de bravoure, le Français fut tout près d'assommer pour le compte son illustre rival, à coups de « bourre-pifs » aux quatre coins du court. Mais tel Mohammed Ali face à Georges Foreman, dans le combat du siècle à Kinshasa, l'Espagnol encaissa l'assaut sans mettre un genou à terre, pour mieux rebondir. Sa victoire en quatre sets d'anthologie (5/7, 6/4, 6/4, 6/4 en… 4h53) fit peut-être davantage de dégâts dans l'esprit de ses adversaires qu'elle ne les encouragea. Deux jours plus tard, Lleyton Hewitt chipa lui aussi un set (6/2, 5/7, 6/4, 6/2) à « l'Invincible ». Mais la sérénité dégagée par le n°2 mondial à chacune de ces victoires, même les plus difficiles, a laissé pantois d'admiration. Sans rivale C'est peut-être cela qu'il aura manqué au tournoi féminin. Quelqu'un capable de bousculer Justine Henin-Hardenne, comme le fit Mathieu face à Nadal. Mais la Wallonne fit« cavalier seul » toute la quinzaine. Aucune de ses adversaires ne put lui prendre un set. Au total, elle ne concéda que 39 jeux pour conquérir sa troisième couronne à Paris. La Biélorusse Anastasia Yakimova, 65e mondiale, manqua trois balles d'égalisation à un set partout au deuxième tour. Un accident de parcours sans aucune conséquence... La gagnante du tournoi 2004, Anastasia Myskina, ne pesa pas lourd en quarts de finale (6/1, 6/4). En « demie », Kim Clijsters ne fut pas à la fête le jour de ses 23 ans (6/3, 6/2). Quant à Svetlana Kuznetsova, elle s'en tira à bon compte en finale (6/4, 6/4 en 1h36). Car le pire dans tout ça, c'est que Justine n'a pas évolué à son meilleur niveau. « Franchement, ça n'a aucune importance, jubilait Justine. Que va-t-on retenir ? La manière ou le fait que j'ai gagné un troisième titre ? Arantxa Sanchez et Monica Seles avaient gagné trois fois ici, maintenant c'est moi. C'est fantastique d'être parmi ces noms. » Ce cinquième succès de Henin-Hardenne dans un tournoi majeur était d'ailleurs annoncé. Sur terre battue, aucune joueuse ne dispose d'une palette de coups aussi riche que la Belge. Pas même Amélie Mauresmo, la n°1 mondiale, encore une fois passé à côté du tournoi le plus cher à son cœur. Vaidisova, à suivre... Tête de série n°1, la Française n'a pas pu, n'a pas su justifier son rang. Dès les huitièmes de finale, son rêve a été brisé par une jeunette de 17 ans, Nicole Vaidisova, une Tchèque venue de… Floride et de l'académie Nick Bollettieri. La lauréate du Masters 2005 et de l'Open d'Australie 2006 a subi la puissance de son adversaire. La grande blonde (1,87m) a bâti son succès (6/7, 6/1, 6/2) avec ses deux meilleures armes, son service et son coup droit. Victorieuse dans la foulée de Venus Williams avant de passer à deux points de la finale, face à Kuznetsova, Vaidisova fut l'un des rayons de soleil du tournoi féminin. L'un des moments forts fut aussi le retour de Martina Hingis. Cinq ans après sa dernière apparition, la Suissesse a retrouvé Roland-Garros avec bonheur. Comme à l'Open d'Australie, elle a buté en quarts de finale face à Kim Clijsters (7/6, 6/1). Le premier set fut sûrement le plus beau d'un tournoi féminin sevré de grands matches. Martina reviendra tenter sa chance dans ce tournoi qui continue de manquer à son formidable palmarès. Comme Roger Federer. Mais il leur faudra d'abord déloger les maîtres des lieux... |